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Lundi 13 mars 2006 1 13 /03 /Mars /2006 21:05

Le 2 janvier, le cardinal indonésien Julius Riyadi Darmaatmadja, S.I., archevêque de Jakarta e ordinaire militaire pour l’Indonésie, voit sa démission de l’Ordinariat acceptée. Pour lui succéder, Benoît XVI nomme l’archevêque de Semarang Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo.

Le 9 janvier, à l’occasion de la présentation des vœux par le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, le pape évoque une énième demande de pacifique cohabitation entre la Palestine et Israël en Terre Sainte. Puis suit une allusion au soi-disant « choc des civilisations » :

 

« De telles considérations peuvent s’appliquer de manière plus large dans le contexte mondial actuel, où l’on parle non sans raison du danger d’un choc des civilisations. Ce danger est rendu plus aigu par le terrorisme organisé, qui s’étend désormais au niveau planétaire. Les causes en sont nombreuses et complexes, les causes idéologiques et politiques, mêlées à des conceptions religieuses aberrantes, n’en sont pas les moindres. Le terrorisme n’hésite pas à frapper des personnes innocentes, sans aucune distinction, ou à mettre à exécution des chantages inhumains, suscitant la panique de populations entières, dans le but de contraindre les responsables politiques à satisfaire les desseins des terroristes eux-mêmes. Aucune circonstance ne peut justifier cette activité criminelle, qui couvre d’infamie celui qui l’accomplit et qui est d’autant plus blâmable qu’elle se pare du bouclier d’une religion, rabaissant ainsi au niveau de son aveuglement et de sa perversion morale la pure vérité de Dieu. »

 

Vient un appel à la liberté religieuse des minorités à respecter. Liban et Iraq sont ensuite mentionnés comme terres où réconciliation et paix sont urgentes.

Le 16 janvier, le pape reçoit le président du Monténégro, Filip Vujanović, avec sa suite. Avec les visites des présidents de la Serbie-Monténégro (Svetozar Marovic, 9 septembre 2005), de la Serbie (Boris Tadic, 29 septembre 2005) et du Monténégro (Filip Vujanović, 16 janvier 2006), en plus de celle du premier ministre albanais (Sali Berisha, 10 novembre 2005), c’est l’ensemble des nations balkaniques à forte présence musulmane qui ont eu audience avec le nouveau pontife.

Le 21 janvier, le nonce aux Philippines, Antonio Franco, est nommé nonce en Israël et à Chypre et Délégué apostolique en Palestine et à Jérusalem. Après l’Ukraine et les Philippines, c’est le troisième poste diplomatique que ce prélat né en 1937 assume.

Le 23 janvier, le cardinal préfet pour les Eglises Orientales, Moussa Daoud, est reçu en audience.

Le 21 janvier décède le président du Kosovo, Ibrahim Rugova. Le 24 janvier, le pape adresse par les services du Secrétaire d’Etat Angelo Sodano, un télégramme de condoléances.

Un article du Monde daté du 26 janvier narre le chemin de conversion de l’islam au christianisme catholique du président défunt. Voici l’article :

 

L'adieu du Kosovo à son premier président, Ibrahim Rugova

PRISTINA ENVOYÉ SPÉCIAL Christophe Châtelot - paru dans l'édition du 27.01.06
 

Sans croix, ni muezzin, le président du Kosovo Ibrahim Rugova devait être enterré, jeudi 26 janvier, au cimetière des martyrs de Pristina, capitale de cette province de l'ex-Yougoslavie socialiste sous administration internationale depuis 1999, revendiquée par l'Eglise orthodoxe de Serbie comme le "berceau" du pays, mais peuplé à 90 % d'Albanais, musulmans pour la plupart. Aucun rite ni signe religieux ne marqueront la tombe d'Ibrahim Rugova qui jouxtera celle des anciens combattants de l'Armée de libération du Kosovo, les adversaires politiques de ce résistant pacifique. Ultime paradoxe pour cet ancien membre du parti communiste yougoslave venu sur le tard au catholicisme.

Dans le bureau d'Ibrahim Rugova, deux clichés se détachent. On le voit avec le pape Jean Paul II et Mère Teresa, la religieuse albanaise morte en 1997 qui figure au panthéon de cette nation. "Jean Paul II et Mère Teresa sont les deux personnalités qui ont le plus influencé sa vie", raconte Don Lush Gjergj, prêtre albanais du Kosovo, proche d'Ibrahim Rugova pendant près de trente ans. Le Père Gjergji serait celui qui aurait reçu la conversion au catholicisme d'Ibrahim Rugova — rebaptisé Pierre en 1994 — ont rapporté des journaux de Pristina. Le Père Gjergji affirme que l'on aurait déformé ses propos mais ne dément pas sur le fond. "Tous les Albanais sont chrétiens à l'origine", explique-t-il. "Ibrahim Rugova était le président de tous les Albanais pas seulement de notre communauté", ajoute-t-il pour expliquer le choix du défunt d'organiser des obsèques civiles.

Sur le boulevard Mère Teresa, principale artère de la ville, des milliers de personnes forment en colonne une longue procession venue rendre un dernier hommage au docteur Rugova dont le corps était exposé depuis lundi au parlement. "Regardez-les, explique Don Gjergji, ils sont là, peu importe leur confession, parce qu'Ibrahim Rugova était la parfaite synthèse des Albanais du Kosovo. Il combinait les deux religions, il était croyant mais pas pratiquant, vecteur de tolérance et de fraternité".

RENCONTRE AVEC JEAN PAUL II

Dans la petite église Shen Ndou (Saint Antoine) perdue au milieu d'immeubles disgracieux sur les hauteurs de Pristina, le père Nosh Gjolas qui y officie depuis 1992 se rappelle avoir "souvent vu Ibrahim Rugova venir pour des cérémonies officielles et privées, surtout avant 1995", lorsque la situation politique se tendit encore et que la répression serbe augmenta à l'encontre des indépendantistes Albanais. Le prêtre se rappelle que l'ancien président kosovar disait "qu'il venait d'une famille musulmane modérée née sur une terre chrétienne. Il a toujours été proche de nous (catholiques) et de l'Occident".

L'Eglise catholique est marginale au Kosovo. Elle revendique 70 000 fidèles sur une population de quelque 2 millions d'habitants à plus de 90 % Albanais, très majoritairement musulmans. "Des crypto-chrétiens qui boivent du vin", s'amuse le Père Gjolas lui même attablé au milieu des livres devant un verre d'eau de vie. "Il y a aussi des catholiques qui cachent leur foi, héritage d'une peur ancestrale datant de l'empire ottoman", ajoute-t-il. "L'islam des Albanais est un islam turc hétérodoxe, très naturel relié à la confrérie des Alevi-Bektachi", explique Jean-François Colosimo. Selon cet historien des religions, "Ibrahim Rugova a sans doute été amené au catholicisme dès lors que cette religion l'assimilait à l'Occident et à la modernité" à la différence de l'image qui colle à l'islam.

La première rencontre d'Ibrahim Rugova avec Jean Paul II remonte à 1991. A cette époque, le nationalisme serbe du régime de Slobodan Milosevic et de l'Eglise orthodoxe de Belgrade bat son plein. Cette province — "berceau de la Serbie" selon la propagande nationaliste — qui héberge des trésors orthodoxes byzantins est mise en coupe réglée par un régime policier alors que les guerres éclatent en Croatie et en Bosnie.

L'intellectuel albanais formé à l'école yougoslave peu portée sur la religion sortira marqué de son entrevue avec le pape. Organisateur de cette rencontre, Don Gjergji se rappelle que Jean Paul II avait promis à Ibrahim Rugova de défendre la cause des Albanais. Il l'avait assuré qu'il respectait les Albanais, "grâce à Mère Teresa et parce que, comme les Polonais, notre peuple a beaucoup souffert". La communauté de Sant'Egidio s'est intéressée "à notre sort" dans la seconde moitié des années 1990. La diplomatie parallèle du Vatican joue les médiateurs avec Belgrade. Elle se fait l'avocat des Albanais. Grâce à Sant'Egidio, Ibrahim Rugova, assigné à résidence à Pristina, quitte le Kosovo pendant la campagne de bombardement de l'OTAN à bord d'un avion italien, à destination Rome où il rencontrera à nouveau Jean Paul II.

Ibrahim Rugova n'a jamais dit s'il avait rejoint ou non l'Eglise catholique. "Il en défendait les valeurs, n'est-ce pas l'essentiel ?", conclut Don Gjergji.

 

C’est le secrétaire du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux, Pier L.Celata, qui est envoyé comme chef de la délégation du Saint-Siège aux obsèques officielles du président défunt. L’annonce est faite par la Salle de Presse du Saint-Siège le 25 janvier.

Le 24 janvier, un télégramme de condoléances pour les victimes et les familles à l’occasion de l’accident ferroviaire de Bioce au Monténégro est envoyé par le cardinal secrétaire d’Etat au nom du pape.

Par Thierry - Publié dans : Eglise catholique et les musulmans
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